L’agroindustrie va dans le mur : tribunes sur l’attaque du train de St Gérand

Les jérémiades de l’agroindustrie au sujet de l’attaque du train de St Gérand sont largement relatées dans les médias main stream, dominants : nous vous proposons ici une autre vision de l’affaire et de son contexte…
et réaffirmons notre soutien solidaire avec les militant.e.s engagé.e.s dans l’action.

Tribune à venir en septembre prochain (Faucheurs Volontaires Bzh, PIG BZH entre autres…)

Sur

Notre solidarité responsable

avec les militant.e.s de

« Bretagne contre les fermes usines ».

 

Blog d’Antoine Costa

Journaliste, publication du 20 juin 2022

https://blogs.mediapart.fr/antoine-costa/blog/200622/la-souverainete-alimentaire-nouvelle-excuse-du-productivisme-agricole

La souveraineté alimentaire, nouvelle excuse du productivisme agricole

La guerre en Ukraine et la menace d’une pénurie est une formidable opportunité pour le lobby agricole. Produire plus en agitant le spectre de la famine et faire sauter tous les verrous environnementaux, voilà son programme.

antoine costa
journaliste
Abonné·e de Mediapart

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« Les gens meurent de faim en Afrique car nous mangeons de plus en plus de produits biologiques »
Erik Fyrwald, patron de Syngenta

Tagada, tagada voilà les Dalton

Le samedi 19 mars 2022, au petit matin, une cinquantaine d’activistes bloquent un train près de Pontivy, dans le Morbihan. Ils construisent un mur en parpaing au milieu de la voie. « L’agroindustrie nous mène dans le mur » écrivent-ils dessus. Ils ouvrent les vannes des wagons citernes et déversent 1.390 tonnes de céréales le long des voies.

Quelques jours plus tard le parquet de Lorient ouvre une information judiciaire pour “entrave à la circulation de train“ et “dégradation de biens en réunion“. La vague d’indignation est générale : du préfet jusqu’au Ministre de l’agriculture, des trolls facebook à l’inénarrable Christiane Lambert de la FNSEA (« c’est du terrorisme vert »). On se scandalise du gaspillage que représente une telle action, trois semaines seulement après le début de la guerre en Ukraine.

Interrogé sur BFM TV Jean François Loiseau le président de l’Intercéréales (interprofession céréalière) déclare « C’est l’équivalent de 40 camions. Six millions de baguettes de pain. C’est un acte terroriste ». Et la présentatrice Apolline de Malherbes, visiblement source d’inspiration pour les scénaristes de Don’t Look Up, de lui emboîter le pas : « des chiffres qui font froid dans le dos ». Gageons que cette dernière fera preuve d’impartialité journalistique la prochaine fois que la FNSEA déversera du lisier sur une préfecture ou des milliers de litres de lait sur les routes.

Sur les 1.390 tonnes, 1.158 ont pu être récupérées. Ce qui fait une perte de 162 tonnes. Des chiffres qui font un peu moins froid dans le dos. Surtout quand l’ADEME estime que la filière blé française gaspille 18%  de sa production annuelle (soit 178 700 tonnes par an).

Six millions de baguettes de pain

Ce qui est étonnant dans les déclarations de Jean-François Loiseau c’est de quantifier les dégâts avec une unité de mesure peu connue : la baguette de pain.

Les activistes pensaient viser Sanders une entreprise spécialisée dans la nutrition animale. Manque de pot, le train était à destination de Saint Jacques Aliment une entreprise spécialisée … dans la nutrition animale. En clair, les activistes ont mis le mauvais nom sur leur drapeau, mais ils ont visé juste. Pas l’ombre d’une baguette de pain dans l’histoire. Ces céréales étaient à destination du cheptel breton. Et c’est justement cela que le « collectif contre les fermes usines » à l’origine de l’action voulait dénoncer.

Qui est Sanders ?

Sanders, la cible, est une entreprise spécialisée dans la nutrition animale filiale de la holding Avril. Avec un chiffre d’affaire de 6,8 milliards d’euros, on est loin de la paysannerie.

Fondée dans les années 1980 par des producteurs de la Beauce de colza et de tournesol pour s’assurer des débouchés, Sofiprotéol (l’ancêtre d’Avril), a progressivement étendu son activité à l’huile de palme, aux agrocarburants, à l’élevage, la méthanisation, la nutrition animale, les semences et les biotechnologies.

Comme l’a montré une enquête de Reporterre1, Sofriprotéol, s’est d’abord constituée comme un établissement financier appelé à gérer les fonds de la filière oléo-protéagineuse. Dans ce cadre elle a pu bénéficier de la « contribution volontaire obligatoire » (sic), une taxe professionnelle versée par les producteurs, qui a permis à la pieuvre de s’étendre, jusqu’à racheter Sanders. En clair une entreprise s’arroge le droit de représenter une filière et de prélever un impôt sur tous les acteurs qu’elle est censée représenter. Tout cela est légal depuis une loi du gouvernement de Jacques Chirac en 1975, même si une plainte pour abus de confiance, complicité et recel a été déposée en 2004.

Avril est ensuite devenu un leader du diester, un biodiesel à base de colza. L’État l’a évidemment soutenu, en fixant un taux d’incorporation des biocarburants à l’essence plus élevé qu’ailleurs en Europe (7%) tout en reversant une partie de la Taxe Intérieur sur la consommation d’agrocarburant directement à Sofiprotéol (une subvention publique de 153 euros la tonne de colza pour la production de Diester). On est donc ici très loin de la fable nourrir le monde mais plus proche de l’assistanat. Des chiffres qui font froid dans le dos.

Après que la côte médiatique des biocarburants a chuté dans les années 2010, Sofiprotéol s’est reconvertie dans la nutrition animale en insistant pour que les coopératives mettent les éleveurs sous contrats pour leur vendre de l’aliments. D’où l’investissement dans des fermes usines : mille vaches, mille truies, 250.000 poules …

Il s’agit de trouver des débouchés, le réservoir des bagnoles ou la panse des vaches, à une industrie perpétuellement en crise de surproduction. Une tendance à la massification, avec son cortège d’ «externalités négatives » comme disent les économistes : pollutions, algues vertes et pandémies. Au fait, on a oublié de vous dire : de 2010 à 2017, c’est Xavier Beulin, le PDG d’Avril / Sofiprotéol qui est président de la FNSEA.

Produire du blé pour nourrir le cheptel

Depuis une cinquantaine d’années les courbes de production de céréales et celle de l’évolution du cheptel se séparent inexorablement. En 1960 il y avait sur terre 2,26 animaux pour un humain. En 2007 ce ratio était de 3,6 pour un. Sur la même période la production de céréale a été multipliée par deux quand celle du cheptel a triplé. Sachant qu’il faut 4 calories végétales pour produire une calorie de porc ou de volaille et onze calories végétales pour en produire une de bœuf, on comprend aisément le problème : l’agriculture ne nourrit plus les hommes mais doit sans cesse courir derrière la croissance exponentielle du cheptel animal.

Une étude américaine2 montre qu’en 1997 les céréales à destination du cheptel américain auraient pu nourrir 800 millions de personnes. Si on compte les pâturages c’est 75 à 80% des terres agricoles états-uniennes qui sont consacrées au bétail.

Pour les pays plus petit, la production de céréales s’est externalisée. Une autre étude montre que les Pays-Bas importent une quantité de céréales nécessitant 100 000 à 140 000 kilomètres carrés soit cinq à sept fois leur superficie agricole. En France on estime que 70% de la superficie agricole est consacrée au bétail.

Pourtant le train auquel s’attaquent les activistes est une exception. La nourriture du cheptel breton n’arrive pas en train de l’Est, mais à 95% par bateau d’Amérique du Sud. On vous laisse imaginer l’ampleur du désastre de l’autre côté de l’Atlantique.

La guerre en Ukraine et la souveraineté

La guerre en Ukraine est pour le lobby agricole une véritable aubaine. « La logique de décroissance souhaitée par la stratégie européenne doit être profondément remise en question. Il faut au contraire produire plus » déclare la FNSEA. « Nous demandons à pouvoir produire plus » insiste sa présidente Christiane Lambert début mars. Et quand Christiane demande, Emmanuel s’exécute. Deux semaines après, Macron l’européen lui répond qu’ « en aucun cas l’Europe ne peut se permettre de produire moins ». Il faut s’adapter à la crise quitte à remettre en question la stratégie européenne Farm to Fork (qui vise à réduire l’utilisation d’engrais, de pesticides et d’antibiotiques). Produire plus et faire sauter tous les verrous environnementaux, c’est exactement ce que propose le lobby de la Copa-Cogeca, le comité des organisations agricoles européenne, présidé cette année par … Christiane Lambert3. En clair, le peu d’engagement prévu par l’Europe en matière agricole est en passe d’être remis en question par la France.

Le problème c’est qu’avec la FNSEA il faut toujours produire plus. Lorsque les cours sont bas il faut produire plus pour éviter la ruine. Quand ils sont haut, il faut produire plus pour rafler la mise.

Cette stratégie productiviste, le syndicat la cache maintenant derrière l’argument de la souveraineté. Rappelons pourtant que l’agroindustrie vit sous perfusion d’hydrocarbure. Les pesticides sont des dérivés de la pétrochimie et les engrais azotés sont produits avec du gaz. La Russie étant le premier exportateur mondial d’engrais et la France le premier importateur européen, produire plus signifie accroître notre dépendance aux gaz russe. La souveraineté productiviste, c’est la dépendance au carbone.

Cette dépendance est particulièrement visible dans une Bretagne ravitaillée énergétiquement par sa façade Atlantique. En 2021, la moitié des produits pétroliers débarqués à Lorient et Brest viennent de Russie. Quant à l’autre moitié, malgré une escale dans un port intermédiaire (Belgique, Allemagne, Pays-bas), aucune garantie qu’ils ne proviennent pas non plus de Russie4. Quand on sait que les serres de tomates bretonnes (200 000 tonnes par an) sont visibles depuis l’espace5, et qu’elles consomment l’équivalent énergétique de trois fois la ville de Lyon (et qu’elles sont chauffées à 77% par du gaz6), on se demande où est la souveraineté du modèle breton.

évolution des prix du pétrole, de la nourriture et des fertilisants agricoles

C’est que depuis le début de la guerre le lobby qui joue la carte de la souveraineté affole tout le monde en jouant les cassandres avec le triptyque « guerre, pénurie, famine ». Le patron de Syngenta se déchaîne contre l’agriculture biologique qui serait responsable de la famine en Afrique, pas assez productive à son goût (voir la citation en introduction). Il faut selon lui arrêter l’arrêter et repasser en conventionnel pour augmenter la production et ainsi éviter « la catastrophe mondiale »7.

Pourtant la FAO vient de publier les chiffres et à y regarder de plus près … Après une excellente campagne l’année dernière à 776 millions de tonnes de blé, elle table pour 2022/2023 sur … 770 millions de tonnes. Le recul de la production est donc minime. Le 8 avril la FAO affirme même que l’offre de céréale dans le monde est « relativement confortable ». Il en est de même au niveau céréalier global avec un recul de 2,80 à 2,78 milliards de tonnes.

En réduisant l’utilisation pour la production de viande pour la consacrer à l’alimentation humaine on pourrait produire plus de baguettes de pain.

La volatilité des prix

Pourtant si la production reste stable les prix sur les marchés financiers font le yoyo. Plus 40% depuis le début de l’année sur le marché parisien, plus 61% sur le marché américain, avec un record historique à la mi-mai à 438 euros la tonne après l’annonce du gouvernement Indien d’interdire les exportations.

La vérité c’est que la production de blé est relativement indépendante des questions géopolitiques et des problèmes météorologiques. L’évolution des prix est surtout liée à des phénomènes financiers spéculatifs. Le véritable problème n’est pas la pénurie mais la peur qui pourrait créer un climat de panique qui fasse grimper les prix. « Les famines ne sont jamais liées à la production alimentaire. Elles sont toujours causées par des problèmes d’accès » affirme Arif Husain du Programme alimentaire mondial de l’ONU.

Ce qui se passe aujourd’hui est une prophétie autoréalisatrice. C’est la peur de voir les prix grimper qui les fait grimper8.

Aujourd’hui 90% du commerce de céréales est contrôlé par quatre entreprises. Le régime alimentaire mondial s’est massivement standardisé (60% des calories végétales cultivées viennent du riz, du blé, du maïs et du soja). Une partie importante de l’alimentation mondiale dépend donc de monocultures dont le commerce est assuré par une poignée d’entreprises mondialisées soumises aux fluctuations du marché.

Après avoir agité le spectre de la famine et de la pénurie les spéculateurs s’en sont donnés à cœur joie. À la bourse de Chicago les contrats à termes (pariant sur l’évolution des prix et n’attendant pas la livraison physique du produit) ont atteint leur plafond plusieurs jours d’affilés. Faire monter artificiellement les prix par la panique ne profite donc qu’à une poignée de personnes.

Quant à la Russie, principal exportateur mondial depuis 2018, à 400 euros la tonne et avec le coût de production le plus bas du monde, elle a tout intérêt à laisser les prix monter.

Le problème vient donc de ceux, que les journalistes de Litghthouse Reports, appellent Les profiteurs de la faim. Dans une enquête parue récemment, le média collectif affirme que sur le marché du blé parisien des contrats à terme, la place des spéculateurs est passée de 23% en 2018 à 72% en avril 2022. Pareil sur Euronext, la première bourse aux matières premières d’Europe où leur position à quadruplé entre janvier et mars 2022. Comment reconnaît-on les spéculateurs ? Il s’agit d’entreprises ou de fonds d’investissements qui n’ont aucun intérêt direct avec la matière qu’ils achètent, et qu’ils ne voient comme une classe d’actif. L’histoire de 2008 et l’épisode des émeutes de la faim se répète (+70% pour le maïs, + 180% pour le riz et +120% pour le blé à l’époque) : Ce n’était pas un problème de de production et ça ne l’est toujours pas aujourd’hui.

Après les subprimes les spéculateurs se tournèrent vers des produits physiques (agricole et énergétique). C’est ce que le journaliste Matt Taibbi a décrit dans son célèbre article sur la grande machine à bulle américaine sous le terme de « ruée vers les matières premières » (the great American bubble machine, Rolling Stone, avril 2010). Un des épisodes marquant fût l’augmentation du baril de pétrole de 60 $ à 147 $ en quelques mois. Nous vivons actuellement une autre séquence de cette ruée vers les matières premières, dont les conséquences seront sans doute catastrophique.

Les lignes du bas représentent la production et les stocks. Celles du haut les prix.

Il est donc tout à fait logique que dans une époque de surabondance, la famine refasse son apparition. Alors que la récolte de blé de 2021 a battu tous les records, la malnutrition augmente (650 millions en 2019 et 811 millions en 2020). Encore une fois, ce n’est pas la taille du gâteau qui compte, mais la façon dont il est réparti.

Une des solutions pourrait consister en la mise en place de stocks étatiques9. C’est la politique menée par 27 pays qui ont mis en place des restrictions commerciales (interdiction de l’exportation) préférant nourrir leur population plutôt que les marchés internationaux. Ces stocks permettent de stabiliser les prix, assurer un revenu minimum aux agriculteurs et un prix d’achat raisonnable pour la population. Mais pour l’OMC et l’Union européenne cela constitue une entrave à la libre circulation des marchandises. C’est ce qui s’est joué la semaine dernière à Genève lors d’une conférence de l’OMC où Ursula von der Leyen s’en est pris aux protectionnisme de l’Inde et de l’Égypte les implorants à ouvrir leurs frontières. Une position d’autant plus hypocrite que l’agriculture occidentale est elle massivement subventionnée (PAC). C’est elle qui déforme les marchés, paupérisent les agriculteurs du sud incapables de rivaliser avec ceux du nord, génère de la volatilité en financiarisant la nourriture et de facto, accroît l’instabilité alimentaire. Mais le logiciel libéral préfère s’attaquer au protectionnisme des pays pauvres plutôt qu’à ceux qui manipulent les cours avec leurs logiciels de trading, bien au frais dans leurs tours climatisées.

NOTES 

1 https://reporterre.net/ENQUETE-2-Au-coeur-de-l-agro

2David Pimentel, cité dans Bidoche, Fabrice Nicolino.

3« L’intense lobbying de l’agro-industrie contre « Farm to Fork », le volet agricole du Pacte vert européen », Le Monde, 12 octobre 2021

4Le Télégramme, 26 mars 2022

5https://www.letelegramme.fr/dossiers/faut-il-eteindre-leclairage-public-la-nuit/visible-depuis-l-espace-l-eclairage-nocturne-de-serres-a-tomates-en-bretagne-pose-question-25-03-2022-12958978.php

6 https://reporterre.net/Serres-de-tomates-une-filiere-energivore-et-tres-concentree

Le Temps, 8 mai 2022

8 Sur le mimétisme des marchés financiers voir https://blogs.mediapart.fr/antoine-costa/blog/130620/rene-girard-et-leffondrement-economique

9 https://www.euractiv.fr/section/agriculture-alimentation/news/lue-et-linde-saffrontent-sur-la-question-du-libre-echange-des-denrees-alimentaires/

 

Communiqué de presse de la Confédération Paysanne Bretagne

 

CP Confédération Paysanne Bretagne

Train bloqué : « ce n’est pas une action terroriste »

Titre même le Télégramme dans son édition papier du 5 juillet 2022 …

Le Télégramme – 5 juillet 2022

Train de St Gérand : mise en examen des militant.e.s

Pour mémoire, retour sur l’action du 19 mars 2022 : https://pig.log.bzh/2022/03/20/19-mars-action-de-bretagne-contre-les-fermes-usines/

Juin 2022 : suites judiciaires de l’arrêt du train de St Gérand

https://www.letelegramme.fr/morbihan/saint-gerand-croixanvec/blocage-du-train-de-cereales-en-centre-bretagne-neuf-personnes-interpellees-22-06-2022-13080119.php

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/morbihan/train-de-marchandises-bloque-quatre-manifestants-de-la-region-interpelles-2568608.html

L’étendue des dégâts et leur chiffrage ne fait pas manifestement l’unanimité au sein de la presse  …

Nous réitérons notre soutien ferme et chaleureux aux militant.e.s incriminé.e.s !!!

Accaparement de notre bien commun : « One Ocean Summit » Brest du 9 au 11 février : manifestations

« Le 11 février, à Brest, Emmanuel Macron présidera le « One Ocean Summit » qui réunira des chefs d’État et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Auparavant, les 9 et 10 février, des ateliers auront réuni plusieurs centaines de participants, dont des parlementaires, des experts scientifiques et certaines ONGs, qui adresseront des recommandations aux chefs d’État. »

Rise Up for Oceans et Extinction Rebellion Brest appellent à se rassembler mercredi 9 février à 8h30 bas de rue de Siam à Brest :
Mercredi 9 février à 14h place de la Liberté, organisé par KBAL – Collectif Brestois pour l’Autonomie des Luttes (Gilets Jaunes Brest y est associé. Pour plus d’infos : voir notre article)
Rassemblement vendredi 11 février à 9h, 185 Quai Éric Tabarly , organisé par Association Pleine Mer et Greenpeace France (« le lieu et l’heure du rassemblement seront précisés dans les jours qui viennent« ) :

Toutes les informations et mobilisations sur le site des Soulèvements de la mer : https://soulevementsdelamer.noblogs.org/

Décryptage de BLOOM association :

One Ocean Summit : le flop diplomatique, la charge des affairistes

Lettre ouverte de BLOOM au président de la « république »

Par Claire Nouvian, Fondatrice de l’association BLOOM pour la défense des océans et de la pêche artisanale
Lauréate en 2018 du Prix Goldman pour l’environnement

Paris, le 9 février 2022

Monsieur le Président,

Le sommet de l’océan que vous avez convoqué à Brest s’ouvre et l’association BLOOM, ardente défenseuse du milieu marin, n’y participera pas. Je voudrais ici vous dire pourquoi, à vous ainsi qu’aux Françaises et Français qui suivent et soutiennent nos actions. Notre décision s’inscrit dans une ligne de conduite dont la cohérence s’est imposée à nous en réponse à votre propre cohérence d’utilitariste de la nature, qui n’a pas cillé depuis que vous aviez commencé à en montrer la teneur, alors que vous n’étiez encore qu’un ministre classiquement extractiviste. Depuis, votre statut présidentiel n’a pas rééquilibré votre posture, au contraire. Vous avez utilisé la fonction suprême de l’État pour faire reculer la France de façon inattendue en matière de protection environnementale. La somme et l’étendue de vos actes vous font porter aujourd’hui une responsabilité inédite dans la destruction de l’environnement et de l’océan en particulier.

C’est pour cela que nous refusons de collaborer avec votre gouvernement. Parce que vous avez tué l’espoir. Vos prédécesseurs étaient globalement hostiles à l’écologie, mais une certaine flexibilité idéologique de principe assurait quand même l’existence, à l’intérieur de l’appareil d’État, de débats contradictoires permettant à des arbitrages d’être pris en faveur de la protection de la nature.

Avec vous, la flamme du « possible » en politique s’est éteinte. Vous avez appliqué de façon exagérément pyramidale vos convictions socio-économiques ultralibérales, avez protégé et augmenté les intérêts de vos fortunés bailleurs de fonds, et dans un mélange d’arrogance et de mépris pour les corps intermédiaires, les classes populaires et les défenseurs de l’environnement, n’avez laissé aucune marge d’interaction, d’accueil, de surprise ni même de respect. Vous avez piétiné jusqu’à la convention citoyenne pour le climat que vous aviez créée. Malgré les avis défavorables des enquêtes publiques et des rapports d’expertise, vous avez fermement soutenu le lobby du BTP pour la réalisation de l’autoroute du « Grand Contournement Ouest » de Strasbourg, un projet aberrant et inutile datant des 30 Glorieuses et d’une époque où la voiture individuelle était l’alpha et l’oméga de l’aménagement du territoire. Vous avez mis à feu et à sang la gestion des forêts publiques françaises en soumettant ce bien commun stratégique pour la préservation de la biodiversité et la gestion des risques climatiques à votre impitoyable dogme libéral. Alliant productivisme et logique comptable inhumaine, vous avez coupé les postes à la hache, tout en augmentant massivement la charge des missions à assurer. Vous avez jeté les forestiers dans un état de mal-être indicible, traité les forêts comme de simples champs d’arbres à exploiter et avez poussé à la privatisation de l’Office national des forêts.

Vous vous êtes dédit de la plupart de vos promesses et annonces : l’interdiction du glyphosate n’a jamais été mise en œuvre, la sortie promise de la France des énergies fossiles et votre loi hydrocarbures ont été assorties du renouvellement de dizaines de permis d’exploration. Heureusement, l’inaction climatique de votre gouvernement a été reconnue par la justice qui vous condamne désormais à agir pour respecter l’Accord de Paris.

A défaut d’être « champion de la planète », vous avez été champion des cadeaux faits aux lobbies. Pour celui des chasseurs, votre mandat a été une fête. Ils n’avaient sans doute jamais vu ça… Vous avez divisé par deux le coût du permis de chasse, avez refusé d’instaurer un jour sans chasse, de suspendre la chasse des mammifères en période de reproduction. Vous avez signé des arrêtés autorisant la chasse d’oiseaux menacés et vous êtes entêté à défendre les méthodes de piégeage les plus indignes et impactantes pour la biodiversité, contre les jugements mêmes du Conseil d’État et de la Cour de justice de l’UE… L’horrible chasse à la glu n’a été interdite que grâce aux recours déposés par la Ligue de protection des oiseaux et à la menace de sanctions de la Commission européenne.

Les lobbies agricoles n’ont pas été en reste : vous avez réintroduit les néonicotinoïdes, pesticides tueurs d’abeilles, et au moment de la réforme de la PAC, la France a nivelé la négociation vers le bas pour éviter de remettre en cause un système agricole et des pratiques d’élevage verrouillés par un modèle productiviste intensif. Votre gouvernement s’est opposé à l’existence d’obligations environnementales pour l’agriculture et à ce que les subventions publiques allouées au secteur agricole soient conditionnées à des critères de performance écologique. Pas plus tard que la semaine dernière, les députés LREM ont refusé d’interdire les additifs nitrités, malgré le danger qu’ils représentent pour notre santé… Dans un pli méthodologique pris du maître, vos « marcheurs » ont repoussé la décision à une date postérieure à l’élection présidentielle : de quoi éviter le tribunal populaire et satisfaire les lobbies agro-alimentaires.

On voit qu’il serait injuste de vous reprocher de ne faire que de la « comm ». Votre habileté de faussaire va bien au-delà. Tel Tartuffe, vous soignez vos effets et jetez des mots fleuris pour semer une confusion perverse dans les esprits. Tel Dom Juan, vous traitez en comptable récidiviste de la performance l’humain et la nature. Tel Scapin, vos fourberies et intrigues mènent à des situations rocambolesques comme la gêne manifeste de vos ministres qui ont dû fuir les questions de la presse après l’annonce du bout des lèvres de l’abandon du projet minier « Montagne d’or » en Guyane.

Car oui, vous avez mis fin à de grands projets controversés, mais avec combien de dualité…

Vous vous êtes positionné contre ce projet minier extravagant et ultra-destructeur d’un poumon forestier de Guyane, mais en utilisant cette annonce comme joker écolo in extremis avant les élections européennes. Les arguments justifiant l’abandon du projet étaient si faibles ou inexistants qu’ils ont permis au consortium minier russo-canadien d’attaquer l’État français et de gagner (le gouvernement ne s’est même pas donné la peine d’envoyer un émissaire plaider en première instance !), comme par un fait exprès…

Sous la contrainte de la mobilisation citoyenne, vous avez aussi concédé « Europacity », ce projet anachronique de méga complexe commercial et de loisirs que vous avez qualifié de « dépassé » mais sans mettre fin à l’urbanisation des terres fertiles du Triangle de Gonesse et sans remettre en cause la desserte désormais inutile de la ligne 17 du Grand Paris Express.

Le seul arbitrage favorable à l’environnement à ne pas avoir eu de double fond a été la fin de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Vous le souteniez ministre, il était parfaitement compatible avec votre matrice idéologique, mais c’était le prix à payer pour pouvoir afficher le trophée de chasse Hulot à votre gouvernement.

La mobilisation a parfois eu raison de votre logique libérale de casseur social et environnemental mais à y regarder de près, on passe de l’autre côté du miroir de l’affichage pour comprendre que vos annonces et concessions étaient piégées. Ainsi de votre position contre la pêche électrique que BLOOM a fait interdire par l’Union européenne. Sous pression des médias et de la coalition ONG-pêcheurs artisans que nous avons mise sur pied, vos députés européens ont voté pour l’interdiction de cette méthode de pêche inventée aux Pays-Bas et consistant à électrocuter les poissons. Mais dans les coulisses, la France a joué le jeu des industriels néerlandais qui ont fait main basse sur une grande partie des flottes de pêche françaises et trusté les organes de représentation des pêcheurs en France. Au moment des très opaques négociations de trilogue menées entre les trois institutions européennes, la France ne s’est pas opposée au délai honteux de mise en œuvre de l’interdiction qui a permis aux industriels de ravager pendant encore trois ans la Mer du Nord et la Manche, signant ainsi la ruine des fileyeurs des Hauts de France… Dans son immense complicité avec les lobbies industriels, la France n’est pas non plus intervenue au Collège des Commissaires pour que la Commission ouvre une procédure d’infraction contre les Pays-Bas pour l’attribution illégale de licences à des navires souhaitant s’équiper en chaluts électriques, comme nous le réclamions et comme cela s’imposait. Ce n’est pas tout : votre gouvernement n’a pas soutenu au sein de la Commission européenne notre demande d’ouverture d’enquête à propos des fraudes aux subventions commises par les Pays-Bas sur les licences illégales de pêche électrique. Une requête que le très compromis Office européen de lutte antifraude (OLAF) a poussée sous le tapis pour éviter une enquête qui se retournerait inévitablement contre ses propres fonctionnaires corrompus. En raison de la passivité de votre gouvernement, les Pays-Bas restent impunis pour une série d’actes de corruption de la décision publique, de fraudes aux licences et aux subventions publiques.

La pêche industrielle est reconnue comme étant la première cause de destruction de l’océan mais vous garantissez aux lobbies le relais politique, l’impunité, l’opacité et le laxisme d’un régime de contrôle (quasi inexistant) dont ils ont besoin pour commettre leurs méfaits. Jeune ministre, vous souteniez déjà la pêche industrielle et son modèle économique prédateur de ressources naturelles et financières, puisqu’il convient de rappeler que les navires industriels sont les plus gros bénéficiaires de subventions publiques et que sans le concours de l’argent public, une grande partie des navires industriels seraient déficitaires et resteraient à quai. En tant que ministre de l’économie, vous avez contribué à maintenir l’omerta en rejetant les amendements demandant la publication en toute transparence des allocations de subventions au secteur de la pêche. Au cours de la réforme de l’instrument financier européen de la pêche, la France a appuyé la réintroduction des pires catégories d’aides publiques au secteur de la pêche européenne.

Le « la » était donné mais vous êtes allé bien plus loin.

Vous ne vous êtes pas contenté de faire passer une série de décisions néfastes pour la biodiversité et le climat, vous vous êtes attaqué à l’échelon supérieur, en cherchant à modifier le cadre structurel de protection de la nature de façon à faciliter la poursuite, le développement et l’implantation de projets dommageables à l’environnement. Votre gouvernement et votre majorité ont mené une lourde charge de déconstruction juridique des normes, instances et procédures de protection de l’environnement. On ne remerciera jamais assez les associations environnementales et les mobilisations citoyennes qui ont permis de faire dérailler certains (mais malheureusement pas tous) de vos terribles desseins. L’acte le plus élevé dans la hiérarchie des dégâts structurels que vous avez causés est sans aucun doute le fait d’avoir fait voter à l’Assemblée nationale le CETA, l’accord climaticide de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada qui sacrifie les droits humains aux intérêts commerciaux et institue des tribunaux d’arbitrage privés pour régler les litiges entre investisseurs et États. Coutumier de l’effet d’annonce, vous aviez évidemment déclaré être contre les « accords commerciaux internationaux qui alimentent le dumping social » pour mieux vous asseoir sur votre propre parole comme sur les conclusions d’un rapport commandité par votre gouvernement, alertant sur les conséquences environnementales, sociales et sanitaires désastreuses de cet accord-cadre.

Ce que prévoient les mécanismes d’arbitrage des litiges, c’est une justice d’exception permettant aux multinationales d’attaquer des États dans des tribunaux supranationaux au titre des manque-à-gagner que les normes nationales leur feraient subir. C’est ainsi que passent désormais à la caisse les contribuables de nombreux pays ligotés par ces accords. Il suffit parfois à un investisseur de menacer de poursuites pour que l’État abandonne un projet de législation qui visait à augmenter les normes de protection sociale, sanitaire, environnementale ou fiscale… Quelques exemples de poursuites donneront une idée de la violence et du cynisme de ces dispositifs : Total a attaqué l’Ouganda pour dénoncer une réforme fiscale et une hausse des taxes. Vattenfall, une entreprise de production d’électricité, a réclamé 4,7 milliards d’euros à l’Allemagne suite à son choix de sortir du nucléaire après la catastrophe de Fukushima. Philipp Morris a attaqué l’Uruguay et l’Australie sur des lois portant sur le paquet de cigarettes neutre. L’entreprise n’a pas obtenu gain de cause, mais ces plaintes ont eu pour effet de dissuader ou de retarder des législations similaires dans d’autres pays. C’est là le vice intrinsèque de ces accords : que les entreprises puissent manier la menace du mécanisme d’arbitrage privé pour dissuader les États de légiférer dans le sens de l’intérêt général.

Donner autant de pouvoir aux entreprises, affaiblir à ce niveau-là la puissance publique, désarmer les citoyens au point d’avoir orchestré leur plus totale impuissance semblait relever de la science-fiction, mais c’est la réalité du nouvel ordre libéral que vous avez voulu, et que vous nous avez imposé avec un souverain mépris pour l’extraordinaire mobilisation réunissant plus de 70 ONG, des éleveurs, des agriculteurs et des centaines de milliers de citoyens.

Il faudrait un livre entier pour pouvoir mentionner l’ensemble des mesures que vous avez prises ou cherché à faire passer pour démanteler les contraintes environnementales vous empêchant de mettre en œuvre votre promesse de « choc » de construction. Votre gouvernement a par exemple attaqué la loi de protection du littoral, que vous vouliez assouplir pour autoriser la bétonisation des côtes françaises. Vous avez simplifié les procédures d’autorisation environnementales pour accélérer les implantations industrielles, donné plus de pouvoir de dérogation aux préfets et cherché à affaiblir le Conseil National de Protection de la Nature et l’inspection des sites classés en déconcentrant leurs avis de façon à mieux les contrôler et à leur retirer leur capacité d’alerte, d’évaluation des impacts et de protection (vous vouliez rendre les sites classés constructibles !)…

C’est parce qu’il faut une grille d’analyse technique de vos actions que votre bilan environnemental ne se dresse pas uniquement d’après un tableau en deux colonnes « pour » ou « contre ». Un tel exercice vous accable déjà, mais il faut en plus pondérer les décisions de votre gouvernement en fonction de leur dangerosité structurelle. Un arbitrage positif « pour » la nature n’équivaut pas à la transformation d’un cadre légal « contre » la nature. Dans un cas, un arbitrage enterre un projet nuisible, dans l’autre, la déconstruction du cadre juridique de protection de la nature ouvre la voie à des dizaines ou des centaines de projets néfastes pour l’environnement.

De ce point de vue, le pire reste à venir, car votre France (ce n’est pas la nôtre) a fait le choix de devenir l’un des principaux fers de lance d’un immense désastre environnemental que l’on peut encore éviter : l’exploitation des ressources minières dans le dernier espace sur terre que les humains n’ont pas encore détruit : les très grandes profondeurs marines, au-delà même de la portée des filets de pêche…

L’enjeu est colossal et il se décide actuellement. Sans aucune surprise, vous êtes du mauvais côté de la force. Votre position est si immensément honteuse que vous ne l’assumez pas encore pleinement publiquement alors qu’au sein de l’Autorité internationale des fonds marins, la France déploie sa force diplomatique pour que démarre dès que possible l’extraction de minerais des grandes profondeurs océaniques.

Les profondeurs marines sont essentielles à la diversité de la vie sur terre et à la régulation du climat : elles abritent le plus grand réservoir d’espèces au monde et absorbent de gigantesques quantités de dioxyde de carbone émises par les activités humaines. Les scientifiques ont prévenu qu’une exploitation de minerais en profondeur était non seulement inadaptée aux objectifs de développement durable et d’économie circulaire de l’ONU, totalement inutile étant donné les nombreuses alternatives qui existaient, mais qu’elle provoquerait des dégâts irréversibles à l’océan.

En voulant ouvrir le grand bal du pillage mondial du plus grand bien commun de notre biosphère, vous mettez la France en position de porter une responsabilité historique dans la destruction de l’océan.

Les intérêts sectoriels, industriels et financiers, que vous soutenez et avez incorporés à la matrice de l’État incarnent le modèle économique qui a provoqué le péril climatique, la destruction des habitats naturels et la crise d’extinction du vivant à laquelle nous assistons, impuissants, angoissés et tristes.

Les faits parlent d’eux-mêmes : vous êtes un homme inadapté, un homme du passé, un homme dangereux.

Un homme dangereux mais pour notre plus grand malheur à toutes et tous, vous être notre chef d’État au moment même où la biosphère, en réaction aux ravages que les humains lui font subir depuis la révolution industrielle, nous impose un compte à rebours impérieux de dix ans pour mettre en œuvre de nouvelles façons de produire, de consommer et de vivre.

C’est déjà déraison d’appliquer les vieilles recettes du néolibéralisme face à l’impératif de transformation profonde de nos modèles, mais attaquer le cadre juridique de protection de la nature est irresponsable et dangereux. Autrement dit, votre inaction pour l’environnement est coupable, mais votre action contre l’environnement est criminelle.

Tandis que vous nous assommez de fausses consultations, de fausses annonces, de fausses postures, de faux sommets, le monde se meurt et devient inhabitable, les machines continuent de ravager la terre, la mer et les conditions de survie de l’humanité. A cause de vous, nous venons de perdre cinq précieuses années, celles qui comptaient au centuple, celles sur lesquelles reposait notre destin commun.

Vous direz que je ne vous donne aucun crédit et vous avez raison. Pas le moindre. Je ne vois aucune raison objective -et encore moins intuitive- de croire que vous aurez un jour la volonté ou même la possibilité de changer : vos décisions ne vous appartiennent plus. Elles sont entre les mains des bailleurs de fonds qui financent vos campagnes. Face à la masse de faits objectifs qui accablent votre exercice du pouvoir, si vos électeurs veulent se bercer de l’illusion que libéralisme et écologie peuvent cohabiter, ils en porteront la responsabilité en même temps que nous en subirons collectivement les conséquences.

« La catastrophe, c’est quand les choses suivent leur cours », écrivait Walter Benjamin.

La catastrophe, c’est vous qui suivez votre cours et laissez dans votre sillage la ruine.

Le soir de votre élection à la Présidence de la République, nous avons pris la résolution, chez BLOOM, de ne jamais vous faire le cadeau de notre présence à vos côtés. Nous vous connaissions et savions la catastrophe qui allait s’abattre sur notre pays. Nous avons pensé que nos concitoyen.nes, comme nous-mêmes dans nos intimités morales, aurions besoin de repères imprenables pour défendre l’intégrité citoyenne, la nature, l’océan, les malmenés humains et non humains de vos politiques publiques antérieures et de celles que votre gouvernement ne manquerait pas, et n’a pas manqué, de mener. À mesure que votre action s’est révélée plus nocive encore que nous l’avions imaginé, notre détermination s’est renforcée.

Vous n’aurez pas une miette de notre légitimité et notre absence à vos sommets passés ou à venir symbolisera la chaise vide des espèces marines dévastées par les méthodes de pêche destructrices que vous soutenez, les pêcheurs artisans que les autorités publiques ont abandonnés à l’appétit insatiable des consortiums industriels, les grands fonds marins que vous promettez à la plus totale désolation, les citoyennes et les citoyens, écœurés mais prêts à croiser le fer avec l’idéologie que vous incarnez, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

 

entete